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vendredi 23 janvier 2009

Humeur de H

Non, il ne s’agit pas d’une tirade échevelée pour des substances interdites, pour laquelle les autorités seraient bien fondées à me poursuivre, non, je veux faire là une déclaration à une particule de mystère qui peuple notre langue, dans une discrétion qui l’honore.

Parlons du H

Sans être la lettre la plus fréquente de notre alphabet, le H est omniprésent. En initiale, il nous jette dans les arcanes abscons des règles capricieuses de l’aspiration. Aspiration elle-même trompeuse, puisque ce nom destiné à désigner une réalité recouvre en fait une absence : l’absence de liaison. Le H prétendument aspiré du hibou n’est qu’un hiatus tronqueur.

En position moyenne, le H se conjugue à d’autres consonnes pour faire venir à nous l’éclat moiré des idées grecques, philosophie, théocratie, périhélie, anthropophagie. De fait, grand voyageur, il vient au français comme une pépite dans des malles étrangères : sandwich, Chianti, huis, cacahuète, shampooing, Shanghai, hara-kiri et bien sûr l’ineffable varech. Mais sa fourberie le conduit aussi dans des mots pêchés dans notre inventaire le plus enraciné, comme en témoigne l’histoire de l’homme, du cheval, du chien et du chat perché.

Polymorphe et cosmopolite, source de mille ambiguïtés, réhabilitons cette empreinte de spectre exotique, qu’on pressent au détour de chaque phrase.

Résumons-nous

Hiatus hautement honorable,
Hérault d’une phonétique théorique,
Hante nos phrases de son halo hâve.
Humons encore ce nénuphar éthéré,
Méphisto charmeur,
Sphaigne de phantasmes.

lundi 15 décembre 2008

Aujourd'hui est un grand jour

Le calendrier chrétien a été supplanté par un calendrier païen, dans lequel chaque jour est consacré à une grande cause ou un grand événement. Ce dernier système me semble préférable mais il faut bien reconnaître que les grandes idées ont tendance à s’étouffer les unes les autres (journée de l’Europe le lendemain de l’armistice etc.).

Pour vous aider à déterminer ce qui est vraiment important dans tout ça, j’attire aujourd'hui votre attention sur la journée de l’esperanto. Eh oui, c’est aujourd'hui, le 15 décembre. Il y a trois points à mettre en avant sur ce sujet.

Lerni Esperanton estas tre facila.

Bien connu mais essentiel : l’apprentissage de l’esperanto est d’une facilité désarmante. Un seul exemple : un verbe ne peut avoir que douze terminaisons différentes, pour toutes les personnes, tous les temps et tous les modes (et seulement six si on exclut le participe). Ça se comprend en vingt secondes, ça se retient en dix minutes. A titre de comparaison, en français, les terminaisons pour un verbe se chiffrent à plusieurs dizaines.

Après un petit cycle de cours sur Internet d’une dizaine de leçons, on se trouve capable de lire des sites en esperanto.

Esperanto devus estigxi la lingvo de la Euxropa Unio.

L’Union européenne se débat dans des difficultés linguistiques épineuses, avec l’installation presque achevée de l’anglais comme langue-pont. Pour résumer des arguments développés notamment par Krokodilo sur le blog "Coulisses de Bruxelles" de Jean Quatremer (le lien est dans la colonne de droite), l’anglais est beaucoup plus difficile que ce qu’on dit, notamment sur le plan phonétique.

En outre, son adoption généralisée constitue une grande injustice, défavorisant les pauvres (les cours et les séjours sont chers) et favorisant les anglophones.

Au contraire, l’esperanto a par définition vocation à servir de seconde langue. Sa facilité d’apprentissage le met à la portée de tous et son caractère "déraciné" écarte le risque qu’il prenne la place des langues maternelles.

Scrivu Esperantan poezion.

Enfin, l’esperanto a, entre autres, des caractéristiques de langue agglutinante (comme le turc ou le japonais). Conséquence inattendue : on peut fabriquer des termes nouveaux avec toutes les nuances souhaitées.

Un exemple :
Kuiri : cuire
Mal- : préfixe indiquant l’absence
-> malkuira : cru
Sovagxa : sauvage
-> malkuirsovagxo : un « sauvage cru »

Le potentiel poétique est proprement renversant.


Note : la lettre X est une convention d’écriture, qui remplace des signes se trouvant sur certaines consonnes et le U.




Réponses aux critiques habituelles à l’esperanto, par un linguiste patenté :
http://claudepiron.free.fr/index.htm

Des cours d’esperanto sur Internet :
http://fr.lernu.net

Un équivalent en esperanto du Courrier international (rédigé en France)
http://eventeo.net

Bavarder en esperanto et prendre des cours sur Second Life :
Cherchez « Esperanto Lando »




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Hodiaux estas granda tago.


Pagana kalendaro anstatauxis la kristiankalendaron. En cxi-tiu pagankalendaro, cxiu tago rilatigxas kun granda ideo aux granda evento. Cxi-tiu sistemo sxajnas preferebla al mi sed mi dovas konfesi, ke cxi-tiuj grandideoj povas reciproke sufoki sin (la tago de la Euxropo estas la posta tago de la armistico ktp).

Pro helpi vin en la decidigo de kio estas vere grava en la pagankalendo, mi emfazas al vi, ke hodiaux estas la tago de Esperanto. Jen, estas hodiaux, la 15-an de decembro. Estas tri rimarkindaj punktoj pri tio.

Lerni Esperanton estas tre facila.

Tre sciata sed esenca : la lerno de Esperanto estas surprize facila. Sole unu ekzemplon : verboj nur havas dekdu diversajn finajxojn, pri cxiuj personoj, tempoj kaj modoj (kaj sole ses se oni lasas la participon). Dudek sekondoj suficas por kompreni, dek minutoj por memorigi. Por kompari, francaj verboj havas plurajn dekarojn de finajxoj.

Post dekkursa interretcikleto, oni povigxas liri esperantpagxarojn.

Esperanto devus estigxi la lingvo de la Euxropa Unio.

La Euxropa Unio penas pro lingvaj malfaciloj, dum Anglo preskaux estigxas la pontlingvo. Laux argumentoj de Krokodilo (kaj alioj) en la pagxaro de Jean Quatremer "Bruselpostsceno" (la ligajxo estas en la dekstra kolono), Anglo estas tre pli malfacila ol oni pensas, speciale prononco. Transe, sia preskaux totala adopto konstituas grandan malgxuston, ke malfavorigas malricxojn (kursoj kaj restadoj estas karaj) kaj favorigas angloparolantojn.

Kontrauxe, Esperanto konstruigxis por esti dua lingvo. Gxia lernfacilo farigas cxiun facile lerni gxin kaj gxia "malradikigito" riskpreventas, ke gxi mallogxas patrinajn lingvojn.

Skribu esperantan poezion.

Fine, Esperanto havas, inter aliaj, karakterojn de algluaj lingvoj (ekzemple Turko aux Japano). Malatenda sekvaro : oni povas fabriki novajn terminojn kun cxiujn dezireblajn nuancojn.

Ekzemplo :

Kuiri : aliigi uzante kontrolatan varmon
Mal- : prefikso kio signifa mankon
-> malkuira : ke ne estas kuirita
Sovagxa : malcivilizigxita
-> malkuirsovagxo : tre bruta kaj malcivilizigxita persono

La poezia eblo estas pure renversanta.




Respondoj al la plejoftaj kritikoj pri Esperanto, de certigita lingvisto :
http://claudepiron.free.fr/index.htm

Esperantkursoj en la interreto :
http://fr.lernu.net

Esperantekvivalento de la « Courrier international » (skribata en Francio)
http://eventeo.net

Por esperante paroleti kaj kurscxeesti en Dua Vivo :
Sercxu « Esperanto Lando »

jeudi 4 décembre 2008

Fonétic

Prologue

Aujourd’hui, c’est expérimentation. On prend un sujet qui nous touche tous : l’orthographe.
Quelques conventions pour faciliter la lecture : les voyelles nasalisées (in, an, on) sont notées avec le signe ~. Le C se prononce toujours « k ». Le Ñ se prononce « gn ». Un conseil si vous ne comprenez pas : lisez à voix haute. C’est comme de l’italien, une fois qu’on a compris les règles de prononciation, ça vient tout seul.

En route

Ecrivõ ãn ortograf absolumã fonétic, a l’italièn. Premié problèm ci viĩt a l’èspri, la lizibilité. Sa n’a pa l’èr totalemã ĩsurmõtabl a premièr vu mè nouz ã sorõ plus sur se sujè a la fĩ de sèt èsè.

Pèrt d’ĩformasiõ

La critic la plu frécãt ci è fèt a un réform de l’ortograf è l’abãdõ de l’orijin dè mo é l’apovrismã de la lãg. Vouala comã õ se retrouv ãcor a parlé d’étimoloji isi !

Il è vrè ce le fransè, du fè de sõ acsãtuasiõ particulièr, a plus fè évolué lè mo ce d’otr lãg latin. L’èspañol é l’italiĩ par egzãpl sõ plu proch du latĩ, parse ce l’acsã tonic i è mouĩ ecscluzif c’ã frãsè : ã frãsè, la dèrñèr silab a disparu car l’acsã tonic, situé sur l’avã-dèrñèr silab com dã tout lè lãg latin, è tèlmã for c’il a fè disparètr la dèrñèr silab. Dez egzãpl : amare-aimer, filia-fille (le E è muè). Õ trouv ĩ fénomèn ĩ pe similèr ã portugè (du Portugal, pa du Brézil) : « Praça do comercio » se di « Pras d’c’mers ». Dè problèm d’ortograf se poz d’aier osi o Portugal.

Par cõsécã, un écritur totalemã fonétic ãjãdrerè un pèrt d’ĩformasiõ étimolojic. Mè è-s vrèmã ĩportã ? Ci se sousi d’étimoloji ? É ne pet-õ pa retrouvé l’étimoloji dè mo, mèm avec un ortograf totalemã fonétic ? Sela demãderè un analiz plu pousé.

Cãt a l’apovrismã de la lãg, je ne pãs pa ce la critic soua solid : ãcor un foua, l’èspañol e l’italiĩ ne sõ pa dè lãg povr or il s'écriv de mañèr totalmã fonétic.

La pert d’ĩformasiõ sur la fõcsiõ gramatical n’è pa forsémã ĩportãt nõ plu : cõbiĩ de lang fõcsion trè biĩ sã fõcsiõ gramatical préciz ? Un sel egzãpl : ãn ãnglè, « same » pet ètre ĩn adjectif ou ĩn nõ sã ce sa poz ĩ problèm.

Acsã loco

Cèlce cèstiõ pev se pozé consernã la priz ã cõt dèz acsã réjiono. Ãn èfè, dã le nor de la Frãs, õ distĩg « é » de « è », alor ce « un » e « in » se pronõs parei. Dã le sud, s’è le cõtrèr. Sur se tip de pouĩ, il fodra fèr dè choua. De la découl ĩ cõsta ĩportã : l’ortograf ne poura pa ètr totalmã fonétic : c’õ soua dã le nor ou dã le sud, il fodra se cresé la tèt pour écrir sertĩ mo. Sela di, sa parè minim par rapor oz avãtaj sur tou lez otre mo.

Finisõz-ã

Troua pouĩ pour finir :
- je pãsè ce lè lièzõ poserè ĩ gro problèm mè il n’ãn è riĩ. Il sufi d’écrir com sa se pronõs ;
- la cãtité de siñ diacritic èt ĩportãt ; s’è révélater de la divèrsité dè vouaiel ã frãsè ;
- l’ortograf c’õn obtiĩ n’è pa trè louĩtèn de sel du créol de la Réuniõ. Or s’è lizibl, mèm s’il fo s’i prãdr a voua ot d’abor.



Ãfĩ, ĩ peti test : cõbiĩ de mo sõ resté ortografié com d’abitud dã se cour text ? A pe prè 25%, e surtou dè mo trè cour, tou le rest a chanjé. Dõc tou lèz otre mo s’écriv ojourdui de mañèr ãbigu. Sa fè réfléchir qã mèm. Il ne fo pa s’étoné aprè sa ce lè fot soua frécãt.

à mèm tã, õ pe désidé ce l’aprãtisaj de l’écritur prãdra dèz ané é ce, de tout fasõ, le frãsè èt un lãg difisil. S’è le ca du chinoua.




… Celui-là, je veux bien être pendu si quelqu’un le lit jusqu’au bout.

lundi 6 octobre 2008

Eloge de l’étymologie

Quand je dis que j'aime l’étymologie, je passe instantanément pour un boutonneux à lunettes ("guik" en langue post-moderne).

Mais a-t-on pensé à la poésie ? Justement, la « poésie ». Ça vient d’un verbe grec qui veut dire « fabriquer ». Alors la poésie, c’est la fabrication. Quand on se rend compte de ça, on a une autre vision de la poésie, on imagine plus un ferronnier arc-bouté avec sa grosse pince, en train de façonner un quatrain chauffé au rouge. C’est tout de suite plus viril que le sous-préfet allongé sur la mousse ou Châteaubriand mâchant ses larmes au bord d’un lac.

Autre exemple : « palindrome ». Il y a « -drome », comme dans « hippodrome », là où les chevaux courent. Eh oui, scoop : « palindrome », ça veut dire « quelque chose qui se court à l’envers », donc un mot qui se lit dans les deux sens.

Finalement, les mots les plus poétiques sont ceux qui associent deux racines. Ce sont en fait des mots composés qui ont perdu leur tiret. On dit « porte-manteau » mais aussi « Lucifer ». Au fond c’est la même chose, sauf que Lucifer porte la lumière (lux, lucis en latin ; fero, porter en latin aussi) et non un manteau. Au risque de choquer, on aurait pu aussi bien appeler le Christ comme ça, vu l’étymologie.

Ce phénomène des mots composés est très courant dans certaines langues : chinois, allemand (à ce qu'on m'a dit)... en chinois en particulier, "feu d'artifice" se dit "fleurs de feu", c'est pas joli ça ? et si on va par là, "artifice" signifie "fabriqué par l'art", l'art étant entendu dans son sens ancien, par opposition à la nature.

Alors, quels sont les enjeux de l’étymologie ?
1. On se fait plaisir avec des images et de la poésie.
2. On comprend mieux les mots qu’on utilise. Sachant que le langage est le support de la pensée, c’est quand même pas rien.
3. On parle chinois sans le savoir.