vendredi 29 janvier 2010

Bayonetta

Sveltesse, souplesse, finesse
Paire de fesses
La sorcière néo-gothique
Rapplique
Et applique
Ses recettes nouvelles
Aux anges à ailes
De papier crépon
Qu’elle taille en chiffons.

Derrière ses lunettes
De chef de service
Elle distribue les sévices
Comme sucettes
Et caresse les vices
De ses mignons,
Tout en faisant pleuvoir les gnons.

Exhibant ses sphères,
Déroulant sa tignasse,
Elle massacre hardiment,
C’est dégueulasse,
Les hordes des enfers
Célestes, nous enseignant comment
Evacuer, éparpiller, atomiser
La piétaille
En jetant son kiai
Vaillamment,
Tout en racolant.

mardi 26 janvier 2010

Chantier

Des amas boueux
Engins de métal vont, viennent
Bousiers monstrueux

samedi 23 janvier 2010

Carcajou

Tapi dans la pénombre,
Le fauve, nez à terre,
Flaire, interroge l’air,
Lève une oreille sombre.

La furie qui l'habite
A retrouvé sa proie
Et son calme s'accroît
Et sa viande s'agite.

Dessous la peau nerveuse
Un phénomène affreux
A lieu. Des tranchants bleus
Pointent. L’aube est radieuse.

Surbond de loup-garou,
Trois tantos, au sommet
D’une courbe jamais
Emue, cherchent un cou.

mardi 19 janvier 2010

Vibre

Des tréfonds, frisson
Prend l'échine en fief de fer
La fièvre-hérisson

samedi 9 janvier 2010

Chut

Brefs flocons timides
Flottent vagues, tardent, baisent
Une joue humide.

vendredi 8 janvier 2010

Aérotueur

Libellule
Aéronef des fées
Fauve sans frisson
Armé pour le carnage
Comme tes couleurs irisées
Me délicent sous le soleil !
Tu fonds le long d'une ligne,
Calligraphie de l'herbe,
Sur un point vivant,
Butin grippé dans tes pinces
Enlevé dans un filet d'air.

samedi 12 décembre 2009

Fisherman's Friend

Tombé sur une petite pépite aujourd'hui : "Blood & Alphabet Soup" de Marcy Playground. Pas de texte au-delà du titre mais ça dégage les bronches et rappelle le bon son de Nirvana.

Dispo sur Deezer.

vendredi 11 décembre 2009

Soif

Je veux être un fleuve africain
Au cours gigantesque et torride,
Langui comme une plaine humide
Sous la main d’un soleil d’étain.

A l’angle où mon delta se forme
Je me divise en mille fils,
Dans mille virages m’enfile,
Liant des entrelacs énormes.

Non, je ne connais pas le choix :
Quand des creux m’appellent, je glisse
Vers eux tous ensemble et l’eau lisse
Se fend, mille bras, mille doigts.

Je vis mille vies étalées
Sous le soleil qui fait la moue,
Et je suis tous mes rêves flous,
Puis me mêle à l’amer salé.

jeudi 12 novembre 2009

Regrets éternels

A la surface de l’étang,
Remontent quelquefois crever
Pâles bulles du fond des temps
A leurs profondeurs enlevées.

Des rêves atrophiés reviennent
Sentant fort la fleur d’oranger,
Ils me font rire et me font peine
Car je ne peux plus me changer.

Je voulais être chorégraphe
Mais voilà, la page est tournée,
Chef d’orchestre, auteur polygraphe,
Las, on se perd aussitôt né.

mercredi 4 novembre 2009

Les Bienveillantes

NB : ce billet donne des informations sur le contenu du livre.

J’ai fini récemment « Les Bienveillantes ».

J’ai longtemps hésité, craignant d’y trouver des horreurs mais on m’a dit qu’il y avait plein de choses historiques à apprendre et ça m’a décidé. Finalement, je n’ai pas été déçu : certaines scènes sont presque insoutenables et il faut s’y préparer. Cependant, elles ne sont pas nombreuses.

Globalement, qu’est-ce que j’en retiens ? C’est un livre exceptionnel.

Sur le plan de la langue, c’est simple et sobre dans l’ensemble. Pas très marquant de ce point de vue mais ça colle bien au personnage du narrateur.

Sur le plan historique, c’est très instructif : sur le déroulement de la guerre à l’Est, sur le fonctionnement de la SS et de l’Allemagne nazie, notamment l’importance des convictions personnelles, les jeux de pouvoir entre hauts responsables et entre organisations, ainsi que l’évolution dans le temps des doctrines et des pratiques.

C’est sur le plan psychologique et humain que le livre pèse très lourd. Se mettre dans la peau d’un bourreau qui n’est pas « antisémite émotionnel », comme il le dit, c’est troublant. Et ce qui est fascinant, c’est de comprendre le fonctionnement interne du narrateur, SS et être humain.

Le livre donne très fortement l’impression que le « problème juif » est effectivement un simple problème et « la solution finale » une simple solution. Le génocide n’est alors plus qu’une solution pragmatique, brutale mais devenue nécessaire vu l’évolution des choses, à un problème jugé grave.

Bon, on est bien d’accord, c’est un roman, il y a eu autant de cas que de personnes etc. mais une fois ces doutes pris en compte, ce portrait d’un type ni primitif ni haineux mais qui joue quand même un rôle actif dans le génocide industriel du siècle est assez crédible.

Virage

En écrivant ce billet, je change d’avis. J’allais dire que c’est un type comme un autre, entraîné dans l’immondice comme chacun aurait pu l’être, mais je me ravise : les passages sur sa vie personnelle, que j’ai trouvés plutôt ennuyeux et assez écœurants, donnent à penser que ce type est fou. Dans les autres passages du texte, son sens du devoir à lame diamantée pointe dans la même direction, de même que son ambition personnelle écrasant sa compassion.

C’est peut-être sur ce point que sa folie éclate et pourtant, dans son métier de militaire, le narrateur est très rationnel. Toutefois, il assiste et participe à des massacres innommables mais il prend sur lui : la folie émerge au moment où, au lieu d’écouter sa pitié, il se détourne pour cesser de l’éprouver, comme pour un mauvais moment à surmonter.

A ce titre, la tirade de sa sœur (pages 1247-48 de l’édition Folio) est déroutante et lumineuse : elle dit que les Allemands ont voulu tuer le Juif en eux, pour accéder à une forme de pureté. Ça me mène à proposer cette définition du nazisme :
- un objectif dément : un idéal de pureté, qui trouve toujours au sein du groupe un sous-groupe souillé qu’il faut éliminer. D’abord les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels, les malades mentaux. Puis les Polonais, puis qui après ?
- un moyen rationnel : la violence industrialisée. C’est la raison au service de la folie.

Donc on trouve des signes de folie assez criants chez le narrateur.

Et pourtant je suis d’accord quand il écrit que bien peu seraient entrés en résistance dans le contexte de l’époque en Allemagne. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en France. Mais entre prendre le maquis, cacher des Juifs, rester passif, soutenir le régime, collaborer et devenir officier SS, on a toute une palette de réactions possibles. Et là, on peut constater que bien peu sont effectivement devenus officiers SS.

Trouble

Pour finir, je veux mentionner l’ouverture du livre, que je trouve véritablement impressionnante. Le narrateur y explique qu’en temps de guerre, tout homme perd le droit de vivre mais aussi celui de ne pas tuer. On peut objecter qu’il est différent de tuer un militaire au combat et un civil désarmé mais cette nuance ne tient pas dans un contexte de guerre ; elle ne sert qu’à justifier la morale des vainqueurs.

C’est un exemple des quelques passages exceptionnels qui parsèment le livre et qui sèment le doute. Finalement, le tour de force de l'auteur, c'est de faire tenir par un fou un discours rationnel presque convaincant.

mardi 27 octobre 2009

TV

Depuis qu’on a ouvert
La boîte de Pandore,
On ne met plus le nez dehors
Et on ne met plus le couvert.

Le carré lumineux
Nous visse au canapé.
Ce crâne n’est plus occupé,
On y stocke un rata neuneu.

Le gavage est poussé,
Le cerveau est obèse,
Gonflé de sodas, de foutaises,
Paralytique et varicé.

La métaphore est crue
Mais l’humain est réduit
A l’état de triste conduit :
Ordure à l'entrée et au cul.

jeudi 1 octobre 2009

Pollock avait raison.

Je reviens aujourd’hui sur un billet écrit il y a presque un an, où je me demandais si l’espèce humaine existe.

Faisons le grand écart pour examiner l’ascidie. Qu’es-aco ? Internet nous éclaire de la lumière crue du savoir scientifique en nous indiquant qu’il s’agit d’un tunicier fixé. En termes plus intelligibles, il s’agit d’un petit invertébré aquatique en forme d’outre, qui vit fixé sur les rochers.

Cette bestiole discrète présente deux particularités fascinantes. Tout d’abord, elle est partiellement constituée de cellulose. C’est fort parce que cette molécule se rencontre d’habitude chez les plantes.

Plus fort encore, le génome de l’ascidie est marqué par le croisement de deux lignées, celles des chordés, dont font partie les vertébrés, et celles des oursins.

Quel lièvre cela lève-t-il ? Ça renforce le caractère flou des limites entre espèces. L’article du New Scientist explique que le milieu aquatique se prête à ce genre de cocktail, puisque les œufs et le sperme de toutes sortes d’espèces s'y mélangent gaiement. Ce qui est frappant, c’est que des chimères de lignées très différentes puissent être des succès. Par définition, deux espèces différentes ne sont pas interfertiles, a fortiori deux espèces de lignées différentes. Quand il y a interfertilité, comme chez le cheval et l’âne, le rejeton est stérile. Le New Scientist fait cependant l’analogie avec les mutations, qui sont généralement des échecs mais peuvent donner lieu à de francs succès.

Pour conclure, mon billet précédent sur les limites d'une espèce évoquait l’interdépendance de l’humain et de son microbiote, ainsi que le fait que nous soyons finalement un amas de cellules autrefois autonomes et aujourd'hui spécialisées et interdépendantes. Voilà que notre vision des espèces se trouble encore, puisque l’article du New Scientist conclut que l’histoire des espèces ressemblerait moins à un arbre qu’à un fouillis de fils entrecroisés.

Cela peut faire penser aux oeuvres de Pollock, qui disait : « je suis la nature ».



Lien vers l’article du New Scientist

Lien vers l’article de Wikipedia sur les ascidies

Anatomie d’une ascidie sur Encarta (interdit aux moins de 12 ans)

L’article de Wikipedia sur Pollock et le délicieux concept d’« autosimilarité statistique »

vendredi 21 août 2009

La libellule est vorace

Dans une vie antérieure,
Le long de l’Euphrate,
Chassant l’odonate,
Je faisais l’explorateur.

Les bleus rameaux voltigeurs
Toujours me narguaient,
Parisien pas gai
Perdu dans les ergs songeurs.

La morne plaine assyrienne
Ne me valait rien,
Me brisait les reins,
Je traînais mon âme en peine.

Mais un soir à Babylone,
Comme je m’offrais
Un coup d’arak frais
Pour oublier ma maldonne,

Je tombai du petit pouf
Qui me soutenait,
Ravi comme un niais
Par une splendide pouffe.

Ce fut comme un avatar
D’un amour passé,
Le cœur transpercé,
Je m’allumai comme un phare.

Mariam avait un minois
Au teint olivâtre,
Chauffait comme un âtre
Une vieille plaie en moi.

Comme la première fois
Elle m’enjôla,
A moi se colla,
Cirrhose au cœur et au foie.



Balises : minois, voltigeur, avatar, assyrien (des explications ici)

dimanche 9 août 2009

Fatigue

Tombé comme une comète
D’un ciel mutique,
Vishnu se gratte la tête
C’est comme un tic.

Cent avatars, c’est bien trop
Il en a marre,
Il veut se coucher, au trot,
Se sent flemmard.

Mais son immortalité
Ne lâche pas,
Dieu vaste hiver comme été,
Pas de trépas.

Dans un tombeau assyrien
Il veut pourrir.
Un dieu aspirant au rien,
Ça prête à rire.

Vishnu est volontariste,
Il s’étend là,
Mais une puce hindouiste
Le mord au bras.



Balises : avatar, assyrien, comète, puce (des explications ici)

dimanche 2 août 2009

Poésie 3

Les deux billets précédents et celui-ci constituent une parenthèse dans le jeu des quatre balises. Je les ai écrits sur suggestion de mon frère. J’essayais de lui expliquer comment j’écris, il m’a dit d’en faire un poème sur le blog. C’est chose faite. Il y en a finalement deux : le premier m’est venu en vers libres, plus faciles pour exprimer quelque chose de subtil, puis je l’ai mis en vers rimés, pour essayer de faire quelque chose de plus beau.

Je tire de ça un scoop pas très surprenant : exprimer des choses est un don au lecteur. On est à la fois la mine et l’artisan qui travaille le minerai mais la matière première comme le travail viennent de soi et vont naturellement au lecteur. A noter aussi que la mine est vivante et que plus on la sollicite, plus elle donne. En parallèle, elle évolue et reflète notamment des choses qu’on croise par ailleurs dans la vie.

Autre considération : le déroulement en deux étapes (naissance d’une idée puis expression de l'idée) s’apparente un peu au mythe de la caverne de Platon, qui oppose l’Idée et son ombre déformée. C’est cependant un peu différent car, dans mon cas, la vision est incertaine et les mots contribuent à la dessiner. Cette définition intervient au cours de l’écriture même du poème, puisque certains mots ou certaines tournures font évoluer l’idée de départ, voire la transforment complètement. Le choix des mots tue par ailleurs toutes les autres vies potentielles de l’idée mais ça c’est un grand classique.

vendredi 31 juillet 2009

Poésie 2

Se concentrer,
S’immerger comme on plonge
Endormi dans un songe.
Une graine se crée,
S’y insérer.
La sentir se gonfler,
Croître et s’étendre,
L’embrasser, s’en éprendre,
Lui offrir le bon mot,
Juste joyau
Qui la dira le mieux,
La donnera aux yeux
Sans la violer,
Tout en laissant sa part
Au rêve roi,
Qu’elle suive sa voie,
Et miroite au hasard,
Tisser pour toi
Une orchidée de soie.

mercredi 29 juillet 2009

Poésie 1

Se concentrer
Partir en plongée dans un songe
Une graine de scène prend forme,
S’y loger pour qu’elle se développe,
La laisser s’expandre et croître,
La ressentir, s’en emplir,
Lui donner les meilleurs mots pour la dire,
Ceux qui la transmettent sans la trahir,
L’exprimer complètement
En laissant sa part au rêve,
La laisser vivre et miroiter comme bon lui semble
Pour offrir une orchidée.

vendredi 24 juillet 2009

Femme-contrée

Je voudrais être une puce
Cheminant longuement sur la vaste esplanade
De ton ventre onduleux, évitant la noyade
Dans ton nombril, large hiatus.

Je ferais cap vers les monts
De tes seins assoupis en tranquilles collines,
Piquant vers la vallée de ta gorge d’ondine,
Puis gravissant ton menton.

Je m’attarderais au coin
De tes lèvres brillantes, crevasse entrouverte
Bordée de glace bleutée au soleil offerte,
Pourtant je n’y boirais point.

Le long de ta joue de soie,
Je glisserais sans bruit comme un skieur du soir,
Caressant sans le dire le secret espoir
D’être vite à l’orée du bois ;

Puis, pénétrant la comète
De ton intense chevelure en fil de vent,
Te déclarerais mienne, poitrail en avant,
Maître de cette planète.

Mais d’une main assassine,
Tu te délivrerais d’une démangeaison
Persistante, irritante, et fouillant ta toison,
Tu balaierais la vermine.



Balises : comète, puce, assassin, esplanade (des explications ici)

jeudi 9 juillet 2009

Marche au cratère

Sur une esplanade rugueuse,
Tapis de lames et d’éclats,
Je pose des pas un peu las
A la fin d’une marche heureuse.

La pyramide tellurique
Me toise comme une fourmi
Trottant sur un chemin promis
Au néant, sous son œil unique.

Je foule des magmas durcis
Comme cadavres d’Alexandres,
Conquérants qu’on voyait descendre
Les flancs du colosse obscurci.

Désormais fleuves assassins,
Langues de feu de Lucifer,
Vous n’inflammez plus les enfers,
Seulement mes orteils malsains.



Balises : assassin, esplanade, inflammer, magma (des explications ici)

lundi 6 juillet 2009

Plomb

Tireur au zénith
Planque derrière les nuages.
Chacun traîne deux fois son âge
Dans la chaleur frite.

Un pas dans la rue
Et la phagocytose est faite,
Immergés des pieds à la tête,
La touffeur nous tue.

Août est un magma
Inflammable dans les poumons,
Je halète comme un saumon
Pris, dans le coma.

Mais quand vient le soir,
Un ouragan providentiel
Nous renverse du haut du ciel
Un océan noir.

Le sort est rompu,
Nos membres enfin se délient ;
Vivons vite avant l’hallali
De l’aube venue.



Balises : inflammer, magma, rompu, août (des explications ici)